LE REBOUTEUX

Publié le par LE PETIT GOUBLIN


The show must go on
Le rebouteux



Certains destins tragiques commencent parfois comme des contes de fées...
Certains lecteurs seront peut-être touchés...


   Paul, Amédée, Bienaimé était un "poussin de haie". Né en 1904, il n'avait donc jamais connu son père et Rosine, sa pauvre mère n'avait que dix sept ans lorsqu'il vint au monde.
   Très vite, on s'aperçut qu'il avait une jambe plus courte que l'autre et ce handicap ne s'estompa jamais. Il apprit à marcher en boitant et fut vite affublé du surnom de "Bancroche" par ses petits copains, charitables ici comme partout ailleurs.
   Paul avait un visage d'ange, des cheveux blonds bouclés et des yeux bleus, d'un bleu si pur qu'on aurait cru voir l'entrée du Paradis…
Pendant que Rosine allait à sa journée pour gagner le pain quotidien, sa grand-mère Édélie faisait l'éducation de Paulo. Oh, bien sûr, il allait à l'école, au village de Doville, mais elle lui apprenait ses secrets, ses remèdes de bonne fâme, les vertus des plantes ainsi que des pratiques d'Étenclin désavouées, condamnées mais tenaces. Édélie avait encore la réputation d'une 'guérisseuse'. On n'avait plus le droit de dire le mot "sorcière"…depuis le procès de 1668 qui avait tant défrayé la chronique…
   Dès qu'il eut atteint ses dix huit ans, Paul fut très vite connu et reconnu pour son savoir-faire et ses dons à soigner le mal. Il devint rebouteux, guérisseur, magnétiseur. Sa réputation se répandit vite bien au-delà du canton.
   Mais, à partir de 1939, du fait de la guerre, son succès devint un triomphe !

   Bien sûr, il n'avait pas été mobilisé à cause de son infirmité, mais les patientes étaient nombreuses à venir le consulter pour un zona, une conjonctivite, des maux de tête persistants ou bien sûr une luxation, une entorse ou même une fracture.

   Les douleurs abdominales étaient - avec les rhumatismes - sa spécialité. Les gens disaient que Paul avait le don de toucher & guérir…
   À la fin de la guerre, un riche parisien, qui avait fait fortune dans la vente des armes, racheta l'abbaye de Blanchelande. Il fit procéder à des travaux car les lieux avaient été occupés sans ménagements par les troupes allemandes. Lors du nettoyage de l'étang, on retrouva treize cadavres d'enfants très jeunes, de nouveau-nés… L'affaire fit grand bruit dans toute la région !
   Mais Paul, pendant ce temps, avait toujours autant de succès. On venait à présent le voir de très loin. De petits autocars et de nombreux taxis amenaient des clients à son officine. Le bouche à oreille fonctionnait à merveille.
   Un jour, la fille du député du coin vint consulter le rebouteux pour une méchante entorse qui la faisait souffrir cruellement. Paulo réduisit le dommage, la toucha et lui concocta un traitement naturel à base de plantes qu'il cueillait lui-même dans les collines et dans les marais.
   Hélas, le cas de la jeune fille s'aggrava sérieusement. Il fallut l'hospitaliser d'urgence. Les radios et tous les examens révélèrent qu'elle avait de multiples micro-fractures et des lésions épouvantables.
   Le sous-préfet fut informé. Le Procureur de la République se dérangea et une enquête révéla que la gamine n'était pas la première victime du "rebouteux peu scrupuleux". Des dizaines de patients étaient restés infirmes, estropiés, invalides à la suite des manipulations effectuées par Paul.
Les langues se délièrent...

   Une femme de quarante cinq ans finit par révéler que, pendant la guerre, elle avait été "touchée" par le guérisseur pour des maux de ventre et… qu'elle s'était retrouvée grosse quelques mois plus tard. Son mari, prisonnier de guerre en Poméranie...
... n'en avait rien su bien entendu ! Mais le fruit de ces soins attentifs avait été jeté dans l'étang de Blanchelande. Elle n'était pas la seule…
Beaucoup de gens se mirent à parler, à jaser, à médire puis à calomnier peut-être. On en vint à découvrir ainsi que le père de Paul Amédée n'était autre que le curé de Varenguebec. On apprit que les douze autres mères infanticides étaient alors des jeunes filles de quatorze à dix sept ans. Bien d'autres manipulations et turpitudes du rebouteux se révélèrent jour après jour. On s'aperçut surtout qu'il était devenu immensément riche.
   Ce jour de janvier 1953, les gendarmes vinrent le chercher chez lui. Ils trouvèrent des quantités fabuleuses de billets de banque plus ou moins récents, mais de valeur nominale variée (les tarifs avaient augmenté sensiblement…)
   À la suite d'une enquête fort longue et fort pénible, le jugement de la cour d'assises fut prononcé : une peine de 30 ans.
   À sa sortie de prison, à l'automne 1983, il n'y avait personne pour l'accueillir. Sa grand-mère était décédée depuis longtemps et Rosine, après avoir essayé vainement par deux fois de se suicider, était morte de honte et de chagrin. Paul se retrouva seul à Doville…Le curé de Varenguebec avait été interné à l'hôpital psychiatrique de Pont l'Abbé. Il était mort lui aussi, deux ans après l'incarcération de Paul.
Le lendemain de sa libération, c'est Jean-Luc qui l'a découvert dans son jardin. Il se balançait…

Voici le témoignage de Jean-Luc
(Cliquer sur ce lien fulgurant)


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26/09/2004

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Martine 08/11/2009 10:53


Hélas, ce sont des choses qui arrivent. J'en connais un autre cas très proche de moi ou peut-être pire : le "guérisseur", connu loin à la ronde et que ses patients chérissaient, se gardait bien de
se hasarder dans les cas douteux et envoyait ceux-ci volontiers au médecin pour un contrôle ; il ne prenait aucun honoraire fixe et chacun glissait ce qu'il voulait dans l'urne déposée à cet effet.
Mais le fisc un jour s'avisa de ce qu'il pouvait avoir gagné et l'imposa tant, que le malheureux n'eut plus de solution que de se pendre.
Par contre, je connais quelqu'un d'autre qui, après une entorse du genou "soignée" par un rebouteux,  dut constater à l'hôpital que sa rotule était réduite en miettes et définitivement
amochée.