Lundi 6 novembre 2006

The show must go on
Le rebouteux



Certains destins tragiques commencent parfois comme des contes de fées...
Certains lecteurs seront peut-être touchés...


   Paul, Amédée, Bienaimé était un "poussin de haie". Né en 1904, il n'avait donc jamais connu son père et Rosine, sa pauvre mère n'avait que dix sept ans lorsqu'il vint au monde.
   Très vite, on s'aperçut qu'il avait une jambe plus courte que l'autre et ce handicap ne s'estompa jamais. Il apprit à marcher en boitant et fut vite affublé du surnom de "Bancroche" par ses petits copains, charitables ici comme partout ailleurs.
   Paul avait un visage d'ange, des cheveux blonds bouclés et des yeux bleus, d'un bleu si pur qu'on aurait cru voir l'entrée du Paradis…
Pendant que Rosine allait à sa journée pour gagner le pain quotidien, sa grand-mère Édélie faisait l'éducation de Paulo. Oh, bien sûr, il allait à l'école, au village de Doville, mais elle lui apprenait ses secrets, ses remèdes de bonne fâme, les vertus des plantes ainsi que des pratiques d'Étenclin désavouées, condamnées mais tenaces. Édélie avait encore la réputation d'une 'guérisseuse'. On n'avait plus le droit de dire le mot "sorcière"…depuis le procès de 1668 qui avait tant défrayé la chronique…
   Dès qu'il eut atteint ses dix huit ans, Paul fut très vite connu et reconnu pour son savoir-faire et ses dons à soigner le mal. Il devint rebouteux, guérisseur, magnétiseur. Sa réputation se répandit vite bien au-delà du canton.
   Mais, à partir de 1939, du fait de la guerre, son succès devint un triomphe !

   Bien sûr, il n'avait pas été mobilisé à cause de son infirmité, mais les patientes étaient nombreuses à venir le consulter pour un zona, une conjonctivite, des maux de tête persistants ou bien sûr une luxation, une entorse ou même une fracture.

   Les douleurs abdominales étaient - avec les rhumatismes - sa spécialité. Les gens disaient que Paul avait le don de toucher & guérir…
   À la fin de la guerre, un riche parisien, qui avait fait fortune dans la vente des armes, racheta l'abbaye de Blanchelande. Il fit procéder à des travaux car les lieux avaient été occupés sans ménagements par les troupes allemandes. Lors du nettoyage de l'étang, on retrouva treize cadavres d'enfants très jeunes, de nouveau-nés… L'affaire fit grand bruit dans toute la région !
   Mais Paul, pendant ce temps, avait toujours autant de succès. On venait à présent le voir de très loin. De petits autocars et de nombreux taxis amenaient des clients à son officine. Le bouche à oreille fonctionnait à merveille.
   Un jour, la fille du député du coin vint consulter le rebouteux pour une méchante entorse qui la faisait souffrir cruellement. Paulo réduisit le dommage, la toucha et lui concocta un traitement naturel à base de plantes qu'il cueillait lui-même dans les collines et dans les marais.
   Hélas, le cas de la jeune fille s'aggrava sérieusement. Il fallut l'hospitaliser d'urgence. Les radios et tous les examens révélèrent qu'elle avait de multiples micro-fractures et des lésions épouvantables.
   Le sous-préfet fut informé. Le Procureur de la République se dérangea et une enquête révéla que la gamine n'était pas la première victime du "rebouteux peu scrupuleux". Des dizaines de patients étaient restés infirmes, estropiés, invalides à la suite des manipulations effectuées par Paul.
Les langues se délièrent...

   Une femme de quarante cinq ans finit par révéler que, pendant la guerre, elle avait été "touchée" par le guérisseur pour des maux de ventre et… qu'elle s'était retrouvée grosse quelques mois plus tard. Son mari, prisonnier de guerre en Poméranie...
... n'en avait rien su bien entendu ! Mais le fruit de ces soins attentifs avait été jeté dans l'étang de Blanchelande. Elle n'était pas la seule…
Beaucoup de gens se mirent à parler, à jaser, à médire puis à calomnier peut-être. On en vint à découvrir ainsi que le père de Paul Amédée n'était autre que le curé de Varenguebec. On apprit que les douze autres mères infanticides étaient alors des jeunes filles de quatorze à dix sept ans. Bien d'autres manipulations et turpitudes du rebouteux se révélèrent jour après jour. On s'aperçut surtout qu'il était devenu immensément riche.
   Ce jour de janvier 1953, les gendarmes vinrent le chercher chez lui. Ils trouvèrent des quantités fabuleuses de billets de banque plus ou moins récents, mais de valeur nominale variée (les tarifs avaient augmenté sensiblement…)
   À la suite d'une enquête fort longue et fort pénible, le jugement de la cour d'assises fut prononcé : une peine de 30 ans.
   À sa sortie de prison, à l'automne 1983, il n'y avait personne pour l'accueillir. Sa grand-mère était décédée depuis longtemps et Rosine, après avoir essayé vainement par deux fois de se suicider, était morte de honte et de chagrin. Paul se retrouva seul à Doville…Le curé de Varenguebec avait été interné à l'hôpital psychiatrique de Pont l'Abbé. Il était mort lui aussi, deux ans après l'incarcération de Paul.
Le lendemain de sa libération, c'est Jean-Luc qui l'a découvert dans son jardin. Il se balançait…

Voici le témoignage de Jean-Luc
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26/09/2004
par LE PETIT GOUBLIN publié dans : Fantastique, légendes
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Samedi 8 juillet 2006


                      Suivons Thor jusqu'au bout de la nuit...



 
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  LES OIES DU CHÂTEAU DE PIROU
Le site du normand, Magène
(Cliquer sur ce lien)


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Les pirotes





Il existe sur les bords de la mer, entre Coutances et Lessay, un château nommé Pirou, dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Maintenant au milieu d'une plaine aride, nue, exposée au vent de la mer, jadis il était entouré de hautes forêts. C'est un fait dont M. de Gerville a trouvé la preuve dans les anciens titres dans la Châtellenie. La cause probable du changement dans la nature du terrain est le rapprochement de la mer qui incontestablement, depuis un temps immémorial, dévore par degré les rivages de la presqu'île du Cotentin, et dont les vents, comme il est notoire sont si funestes à la croissance des arbres. Quoiqu'il en soit, voici ce qu'un auteur du siècle de Louis XIV, connu sous le nom de Vigneul-Marville, et le savant Bullet, dans son Dictionnaire Celtique, nous racontent qui arrivait de leur temps au château de Pirou, fait singulier que le premier déclare tenir du seigneur de ce château même.

 Au printemps de chaque année, une grande quantité d'oies sauvages, venant des marécages voisins, s'abattaient dans les cours et les fossés du château pour y faire leurs petits. Les habitants avaient soin de préparer à ses hôtes des nids commodes avec de la paille. Pendant leur séjour, ces volatiles parcouraient avec la plus grande familiarité le château et les jardins. Quand les petits étaient assez forts pour voler, toute la colonie disparaissait en une nuit sans qu'on s'en aperçut, et c'était pour jusqu'à l'année suivante. Voilà ce que nous trouvons attesté comme une chose constante et vérifiée. Maintenant voici, d'après les mêmes auteurs, l'histoire merveilleuse bâtie sur ce fondement et qu'avait conservée une tradition locale d'une ancienneté indéfinie.
 Lorsque les Normands, nos ancêtres, sous la conduite du brave Rollon, faisait la conquête de la Neustrie qui leur fut concédée plus tard par le Roi de France, il se trouva un château qui, le dernier de tous, résista à leurs efforts ; c'était le château de Pirou, bâti par la puissance des fées, et d'une telle force que les Normands désespéraient de s'en emparer autrement que par la famine. Ce fléau ne tarda pas effectivement à tourmenter la garnison.
 Les Normands jurèrent que, dussent-ils y périr, ils ne partiraient pas de là que cette redoutable forteresse ne fut prise.

Un matin, ils sont surpris de ne plus entendre aucun bruit dans l'intérieur du château ; pas un homme n'apparaît ni sur les remparts, ni sur les tours, ni aux croisées. Ils ne doutent pas d'abord que ce soit un piège, et se gardent bien de monter à l'assaut.
 Plusieurs jours s'écoulent et toujours même silence. Et enfin, ils se décident à escalader les murs qui étaient d'une prodigieuse hauteur, et ils entrent dans la place.
 Ils n'y trouvent pas une âme ; je me trompe, il y avait un vieillard couché malade à l'infirmerie, qui n'avait pu suivre les autres, et qui raconta aux Normands comment la garnison s'était enfuie miraculeusement...


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Le château de Pirou

 La magie était cultivée de père en fils, par les seigneurs du château, qui en conservaient les livres très précieux. Quand les assiégés avaient vu qu'ils manquaient de vivres, et qu'ils seraient bientôt forcés de se rendre, ils s'étaient transformés en oies sauvages et envolés par dessus les remparts.
 Les Normands se rappelèrent alors qu'effectivement la veille du jour où un silence général avait commencé à régner dans le château, ils avaient vu plusieurs volées d'oies s'élever au dessus des toits, puis allaient s'enfoncer et disparaître dans les forêts et les marécages voisins. Mais on ne songe jamais à tout, quoiqu'on soit magicien.
 La métamorphose avait été très bien opérée, mais on n'avait pas prévu comment, une fois hors du danger, on reprendrait la figure humaine. Plus de livres alors, plus de moyens même d'articuler une parole. Force fut donc aux malheureux de rester, sous leur nouvelle forme, habitants des marais.
 Quand les Normands eurent embrassé la religion chrétienne, tous les livres magiques du château furent brûlés ; par conséquent moins d'espérance que jamais pour les malheureuses victimes de la métamorphose. Seulement, chaque année, cette race infortunée de volatiles revient visiter son ancienne patrie.

 Tel est le récit que, de génération en génération, on répétait dans le manoir féodal de Pirou. Si l'histoire doit être une image des siècles passées, les fables merveilleuses qui ont obtenu crédit rentrent dans ce domaine et peignent souvent mieux les hommes qu'une froide et sèche énumération de noms propres et de généalogies.

J. COUPPEY - in Annuaire du Département de la Manche (1835)
par LE PETIT GOUBLIN publié dans : Fantastique, légendes
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Vendredi 11 novembre 2005
Le goublin gourmand

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    C'était un soir d'été. Je venais de fêter mon neuvième anniversaire. Ma grand-mère m'avait demandé d'aller porter trois pots de gelée de groseille chez Guiguitte, au manoir de Dieppedalle. Je devais, en échange, ramener deux pots de miel et un petit flacon de gelée royale. Les abeilles de Guiguitte butinaient dans les landes qui bordaient le val d'Ouve et les parfums des fleurs sauvages y étaient délicieux.
    La lieue qui me séparait de la ferme familiale ne me faisait pas peur. C'est donc d'un pas alerte que je revins au Haut du Mont.
    Je passai - nécessairement - devant la Pierre Buttée : c'est un menhir unique qui… communique avec la terre ; il suffit de coller son oreille contre lui et on entend le bruit du vent, le bruit du magma qui gronde, la flûte du Karnataka et les colères de Vulcain. Aujourd'hui, tout était calme. Je ne percevais que le souffle de la douce brise venue de l'océan…
    Soudain j' entrevis, derrière la pierre sombre, une masse noire, hideuse et poilue, aux longues dents pointues plantées dans une bouche immense ouverte comme un four béant. L'être immonde dégageait une puanteur repoussante et de son infâme gosier sortaient des grognements ou des borborygmes invraisemblables.
Je le reconnus aussitôt: c'était un goublin, un de ces affreux goublins de la lande, affamé, vorace et redoutable…
Je pris mes jambes à mon cou et dus battre un record de vitesse dans ma catégorie… Pas question de me retourner !
   Quand je regagnai la ferme, essoufflé comme un troupeau de bisons, Mamie me demanda ce que j'avais…
   Je m'aperçus alors que j'avais laissé les deux pots de miel et le flacon de gelée royale au pied de la pierre...
- "Mais qu'as-tu me dit-elle, tu as l'air tout goubliné ?"

Elle ne croyait pas si bien dire...

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Pour faire le portrait d'un goublin...

(12/12/2004)


par CRESPIN publié dans : Fantastique, légendes
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Mercredi 9 novembre 2005
Dialogue à Très Grande Vitesse



Deux hommes se rencontrent dans le T.G.V entre Paris & Marseille. Ça va très vite !
L'un est homosexuel. L'autre pas.
Une conversation s'engage à la vue d'un article de journal laissé négligemment sur la banquette par une charmante jeune femme...


La jeune femme est partie aux toilettes.
Jacques Hétéro : Voilà, on met encore en avant cette Gay Pride... Les homosexuels devraient être plus discrets !
Marc Homo : Pourquoi monsieur, vous êtes homophobe ?
Jacques : Pas du tout ! J'admets l'existence des homosexuels et leur différence mais je supporte moins bien leur prosélytisme et leur médiatisation à outrance. C'est indécent !
Marc : Vous savez, les homo ont été tellement brimés et humiliés qu'ils ont très envie d'être fiers et reconnus comme des êtres humains à part entière.
Jacques : Je n'ignore pas les quolibets dont ils ont été victimes et je réprouve avec la plus grande sévérité les agressions sauvages dont certains - comme Sébastien Nouchet - ont été l'objet, mais trop d'étalage de leur homo attitude leur nuit plus qu'une discrétion de bon aloi.
Marc : Vous savez, l'homosexualité existe dans toutes les sociétés et ce depuis des millénaires. C'est bien naturel que nous soyons reconnus...
Jacques : D'accord avec vous. Reconnus, acceptés et surtout non agressés. Il y a 3 % d'homosexuels dans la population. Leur proportion d'INH3 est deux fois moindre que chez les autres et une petite anomalie se manifeste sur le bras long de leur chromosome X. En outre, les lesbiennes ont, elles aussi, l'index plus court que l'annulaire.
Marc : D'où tenez-vous tout cela ?
Jacques : Je suis médecin sexologue et mon fils aîné est homosexuel.
Marc : Nous sommes des anormaux alors ?
Jacques : N'exagérons rien !
La jeune femme ...

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"Il est des mystères que l'on peut à peine imaginer, et que l'on ne résoudra qu'en partie."    
Bram Stoker  (Dracula)

                   Tubular Bells

... La jeune femme revint s'asseoir. Une démarche de top model !


Elle s'assit à côté de Marc avec une élégance consommée et reprit son journal négligemment. Elle ne le lisait pas…

Les deux hommes s'étaient tus à son retour, par politesse.
Le TGV filait à 340 km/h et le voyage ne tarderait pas à s'achever.
La belle inconnue avait posé ses mains sur ses genoux et elle regardait un peu à la dérobée dans le wagon. Elle était très belle. Un teint mat, des traits réguliers et très fins, un rien de type asiatique avec ses beaux yeux noirs imperceptiblement bridés. Jacques observa ses mains, longues et fines. Ses index étaient plus courts que les annulaires et les auriculaires semblaient raides & comme figés.
Marc dit : "Notre voyage touche à sa fin. je vais pouvoir m'entraîner un peu pour le ballet de demain. J'espère que Piétragalla n'est pas enragée ce soir…
- Ah, vous êtes danseur ? lui dit Jacques avec intérêt.
- Oui, depuis un an j'ai migré vers le ballet de Marseille, mais je regrette un peu Paris."
La voyageuse restait immobile et se tenait soigneusement à l'écart de la conversation. Elle semblait préoccupée.
Soudain un homme grand, blond, aux yeux bleus se leva au fond de la voiture. (A cute guy indeed !) La voisine de Marc était affolée…
Le voyageur sortit un automatique comme par magie et tira deux fois en pleine poitrine.
La jeune femme s'effondra et, en moins d'une demi seconde, une aura orangée & bleutée apparut sur la moquette, puis plus rien… La fille avait disparu.

David Vincent venait d'effacer encore un de ces envahisseurs.

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(21/09/2004 )


par LE PETIT GOUBLIN publié dans : Fantastique, légendes
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Vendredi 30 septembre 2005
Le destin nous surprend toujours au détour d'un chemin. Françoise va en faire l'expérience dans les Marais du Cotentin, à deux pas du Mont d'Étenclin où les sorcières organisaient leur sabbat, il n'y a pas encore si longtemps...

  Alors qu'elle séjournait à Cherbourg, cité des parapluies, Françoise avait souhaité rendre une petite visite à son copain Michel (Polna) qui faisait une petite retraite à Tessy, à l'Hôtel de France.
Sa petite Spitfire roulait bien, entre Saint-Sauveur le Vicomte et La Haye du Puits. Elle serait bientôt à Saint-Lô, puis à Tessy...
  C'est alors que l'imprévisible se produisit : à la sortie d'un virage, la Triumph mordit un peu sur le bas côté humide et… se retrouva dans un fossé très large. Fran avait bien aperçu l'écriteau "Parc Naturel des Marais du Cotentin", puis un lieu-dit "Marais de la Sangsurière", mais elle n'avait pas imaginé un seul instant qu'il y eût tant d'eau dans ces marécages, un 5 mai 1966.
  La voiture s'enfonçait inexorablement dans l'immense fossé. L'eau allait bientôt rentrer dans l'habitacle. Françoise prit son sac et sortit en catastrophe du petit cabriolet rouge.
C'était une nuit sans lune. Vu l'heure tardive, il faisait déjà très sombre et plus aucune voiture ne passait.
  Soudain, elle aperçut la silhouette d'une petite hutte, une quinzaine de mètres plus loin. De crainte de passer la nuit au bord de la route, dans le noir, elle s'approcha de l'abri et observa les environs. C'était un gabion dressé sur une hauteur, entouré de roseaux et devant lequel s'étendait une vaste étendue d'eau de forme globalement triangulaire.
  Elle pénétra dans le petit local sans difficulté. La porte ne grinça même pas...

  Elle alluma son briquet et aperçut trois bougies installées sur de larges bougeoirs en terre cuite de Mourot. Le gabion était rustique mais confortable : une table avec deux chaises, un divan rouge et une couchette surélevée à l'autre extrémité. Une très longue fente en direction du plan d'eau… Ouf ! elle ne passerait pas la nuit dehors et ne serait pas dans le noir absolu. Françoise s'installa sur le sofa et alluma une cigarette. Elle pensait à son petit bijou de bagnole noyé dans l'eau boueuse du marais…
Elle s'allongea, découragée, succombant enfin à cette débauche d'émotions fâcheuses. Alors qu'elle commençait à se laisser emporter dans les bras de Morphée, la porte du gabion s'ouvrit…
  L'homme venait de déposer deux bourres* au pied du gabion et deux mâlards* vers la pointe extrême du plan d'eau. Son chien, un Épagneul Breton, s'ébroua discrètement et se faufila derrière lui. Le nouvel arrivant parut d'abord surpris, puis fâché :
- Mais quel est l'imbécile qui a laissé cette bougie allumée ?
Françoise se réveilla brusquement, saisie d'effroi :
- C'est moi, monsieur, pardonnez-moi, j'avais peur dans le noir.
- Bonsoir mademoiselle. Mais que faites-vous ici ?
- Je suis désolée de mon intrusion. J'ai eu un accident de voiture et je ne voulais pas passer la nuit dehors.
- Soyez la bienvenue dans mon gabion ! Je m'appelle Jules Amédée…
- Moi c'est… Françoise. Je suis confuse. Merci.


* Les boures sont les femelles du canard "Colvert" appelé "mâlard"...

   Le chasseur alluma les deux autres bougies et commença à sortir quelques provisions de sa musette.
- Maître Tainnebouy, mon fermier, vient de me déposer avec sa carriole. Il repassera demain midi. J'espère que les colverts vont venir nombreux demain matin.
  L'homme était un quinquagénaire, moustachu, vêtu d'un costume en velours noir. Il avait un superbe fusil à chiens, damasquiné et doré à l'or fin. Une arme de grande valeur ! Il le posa verticalement, à proximité de la large fenêtre de tir.
  Françoise était passablement inquiète et regardait le gentleman farmer d'un air plein d'interrogations.
- Vous prendrez bien un morceau mademoiselle ? Il est déjà 22 h 30. Venez vous asseoir à cette table.
  Fran s'exécuta. Il est vrai qu'elle avait un petit creux et ne ne refusa ni le jambon fumé, ni le morceau de tarte aux groseilles, ni … le verre de cidre que son hôte lui proposa.
  Et comme elle se sentait un peu requinquée, elle accepta de participer à la conversation.

  Il était venu, de Paris, passer quelques jours au pays natal. Sa profession d'écrivain ne lui laissait guère de loisirs mais il les voulait denses et revigorants.
  Elle était chanteuse et faisait des galas dans la région…
Mais un profond malaise commença à l'envahir lorsque le chasseur se mit à lui parler de son ami Daudet et de son adversaire Flaubert. Françoise s'imagina qu'il se payait sa tête…
  Il lui raconta alors l'histoire du prêtre marié de Taillepied, de diaboliques aventures autour du Mont Étenclin et .......

  Dès qu'il eut fini de raconter "Le rideau cramoisi", puis "L'ensorcelée", Fran avait reconnu notre homme, mais elle était terrorisée à l'idée que…
- Croyez-vous à la sorcellerie mademoiselle ?
- Non, enfin je ne crois pas.
- Croyez-vous au destin ?
- Oui, d'une certaine manière. Je m'intéresse beaucoup à l'astrologie.
- Vraiment ? À l'astrologie ! Vous…
- Je peux vous faire votre thème si vous le souhaitez.
- Volontiers !
  Et la voyageuse égarée commença son travail d'investigation dans les méandres du zodiaque. L'homme était né le 2 novembre…1808. (Elle fit semblant de ne pas avoir remarqué le chiffre des centaines)… C'était donc un scorpion bien marqué du signe. Elle commença alors à décrire ses turpitudes de scorpion classique. Elle développait avec brio son penchant vers les femmes, une sexualité débordante et - ce qu'elle garda pour elle - une attirance marquée en direction des capricornes... Elle s'aperçut très vite que son hôte approchait insensiblement sa chaise de la sienne et il ne tarda pas à poser sa main droite sur sa cuisse gauche. Ah, ce qu'elle regrettait d'avoir mis une jupe ce matin-là !
  Mais le chasseur insistait et comme sa main remontait sur la cuisse nue, Françoise se leva d'un bond.
- Non ! Vous n'avez pas le droit ! Dit-elle furieusement.
 Et elle s'approcha de la fenêtre d'affût, réellement effrayée par ce scorpion si peu galant. Jules Amédée s'approcha d'elle, tentant de la calmer. Elle heurta un objet froid qui tomba sur le sol.......

  On aurait cru voir une scène animée de Georges de la Tour. Le clair-obscur créait des monstres étranges qui troublaient Françoise au plus haut point. Elle se baissa vivement et s'empara de l'objet : c'était le fusil de Jules. Il s'approchait encore d'elle. Alors, saisie de panique, elle pointa les deux canons vers lui et dit :
- Restez là où vous êtes !
- Attention mademoiselle, il est chargé !
  Il fit un pas de trop. Fran pressa les deux détentes en même temps. On n'entendit qu'un coup. L'homme s'effondra brutalement juste devant la table. Françoise s'approcha de lui et découvrit comme un grand camélia rouge sur le gilet du chasseur. Les deux décharges en plein cœur, presque à bout portant : il était mort sur le coup.
  Françoise poussa un cri étrange qui déchira la nuit, le temps et l'espace…

  Elle sauta brusquement sur son lit.

  Jacques était là, en train de siroter doucement son premier verre de whisky :
- Tu as encore fait un cauchemar Fanchou… Tu ne devrais pas faire tant d'astrologie. Ça te perturbe les neurones !
  Elle était dans sa chambre lumineuse, à Monticello. Leur propriété dominait la baie d'Isola Rossa. Il faisait un temps merveilleux. La Balagne est une vraie bénédiction des dieux!
- Je descends prendre les journaux à la maison de la presse. As-tu besoin de quelque chose ? lui cria l'aventurier.
- Euh, achète-moi "L'Ensorcelée" en livre de poche.
- C'est de qui ça ce truc?..

J"e ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions."  (Confucius)

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Vous pouvez télécharger l'Ensorcelée sur le site de la BNF
http://gallica.bnf.fr/
Taper "recherche" puis auteur "Barbey d'Aurevilly" car c'était lui.


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Et elle, c'était Françoise Hardy.
Quelle rencontre !


par LE PETIT GOUBLIN publié dans : Fantastique, légendes
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Éphémère glanage

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